La fenêtre

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Pierre avait pour habitude de coller son front contre la vitre embuée et froide de la fenêtre de sa chambre tôt le matin pour observer les passants trop pressés de l’avenue St Jean Baptiste. Il prenait un certain plaisir à s’imaginer leurs pensées, à essayer de plonger dans leur conscience, à tenter de décrypter leurs émotions, leurs sentiments, et leur vie sur leur visage. Ce jour là, la seule personne que vit Pierre à cette heure si matinale fut la silhouette sombre et floue d’un jeune homme, étouffée par la fumée glacée qui s’évaporait d’entre ses lèvres. Ses pas résonnaient tristement sur le pavé gris et humide de la rue, et même le vent semblait avoir arrêté sa course folle entre les arbres pour laisser l’exclusivité du moindre bruit à ce personnage si particulier. Pierre rapprocha encore un peu plus son visage de la vitre pour mieux voir; ce garçon lui semblait si familier… Il parvint enfin à distinguer plus nettement ses traits et Pierre découvrit avec stupeur que des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues blessées, et que celles-ci, tombant sur ses doigts, s’entremêlaient au sang et aux pétales rouges d’une rose que le jeune homme écrasait de rage au creux de sa paume. Pierre pouvait à présent entendre distinctement le désespoir sans fin de cet inconnu et il parvenait aussi à imaginer la scène qu’il avait subit quelques heures plus tôt. Un mot mal compris, un rire nerveux, l’incapacité de se reprendre, l’énervement, la rose envoyée au sol, la gifle lui brisant le visage, la rupture, les cris, les larmes, et la tige piquante toute serrée entre ses doigts dont il n’avait pu se séparer et qui lui transperçait la chair. Pierre se rendit alors compte qu’il avait mal lui aussi; qu’un poids étouffait son cœur au fond de sa poitrine, l’empêchant de respirer. Ce n’est que lorsqu’il vit sa main droite tachée de rouge et qu’il s’éloigna quelque peu de la surface vitrée qu’il compris que dans la désorientation du matin, ce n’était pas contre sa fenêtre qu’il c’était dirigé, mais contre son miroir…..

Publié dans : histoire courte |le 17 octobre, 2013 |Pas de Commentaires »

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