Le sommeil de Colombe

Colombe faisait parti de ces gens qui pensent que la nuit confond le jour et que le sommeil n’est qu’un prolongement de la vie. Elle attendait celui-ci dans une impatience perpétuelle, étant certaine qu’il lui offrirait un cocon de liberté, au moins pour quelques heures. Chaque soir se répétait le même rituel, et chaque soir la jeune fille l’espérait avec la même exitation; fermer les yeux, se laisser aller, ne plus penser à rien, et laisser son inconscient lui révéler ce qu’il voulait.

Le 1ier rêve: La beauté de la violence de l’orage

La première chose que Colombe sentit fut le vent qui coulait entre ses doigts et ses cheveux, plus fort qu’à son habitude. Puis elle entendit, dans un frisson le tonnerre résonner au dessus d’elle, et elle compris qu’elle n’avait rien à craindre. Avec le temps Colombe s’était habituée à ne plus avoir peur du bruit familier qu’était celui de l’orage. Comme elle s’y attendait, il ne fallut que quelques minutes avant qu’elle ne sente les premières gouttes de pluie ruisseler sur son visage. Immédiatement elle tourna sa tête vers le haut et un éclat de lumière sursauta dans le ciel et dans se yeux. La cadence éfrainée des gouttes d’eau sur le toit des maisons alentours augmenta encore en créant un bruit assourdissant. Et pourtant Colombe aimait la pluie et sa musique rytmée contre les tuiles. Elle était seule, le sol en pavé résonnait sous ses pieds, et sa robe voltait au rythme de la brise. Colombe se sentait bien, vivante, indifférente. Alors qu’elle faisait un pas en arrière, sa jambe heurta le bois d’une chaise qui se trouvait derrière elle, celle-ci était-elle là depuis le début? Colombe n’aurait su le dire, son attention n’était portée plus qu’au ciel. Sans réfléchir, presque comme une évidence, la jeune fille s’assit dessus et s’agrippa au dossier. Colombe sentait l’osier se dessiner sous ses jambes et au fur et à mesure qu’elle prenait conscience de l’objet sur lequel elle était assise, celui-ci semblait s’élever dans les airs. Colombe en fut persuadée lorsque ses pieds ne touchèrent plus le sol et flottèrent dans le vide comme ceux d’une poupée de chiffon. Mais elle n’avait pas peur, la pluie et le vent formait autour d’elle, dans une sorte de tourbillon, un cocon de sécurité et de chaleur maternelle. Tous ces éléments naturels semblaient communiquer avec elle, lui parler, lui chuchoter à l’oreille. Et Colombe était heureuse, elle leur répondait et elle riait, d’un rire cristallin qu’elle ne semblait jamais avoir entendu auparavant. Le transport spectaculaire continuait son ascension vers le ciel, et alors que le bruit incessant de la pluie s’arrêtait, un camaïeu de lumière éclata aux yeux de la jeune fille. Colombe compris alors que son monde était en train de changer, et que celui qui l’attendait lui permettrait peut-être de se découvrir comme elle avait toujours voulu être.

Le 1ier cauchemar: « Capture son cœur, personne n’en saura rien »

Colombe avait du mal à respirer. Le couloir dans lequel elle se trouvait était beaucoup trop étroit; elle sentait les murs rugueux lui frôler les épaules, la forçant à suivre toujours le même chemin. La jeune fille ne parvenait pas à savoir ce qui la paniquait le plus; l’absence de lumière qui lui interdisait de savoir sa destination ou le calme tragique qui pesait dans cet endroit. Colombe essaya alors de se concentrer sur l’infime frottement que provoquait ses pas sur le carrelage et tenta de se rappeler d’une berceuse qu’avait l’habitude de lui chanter sa maman. Au bout de quelques minutes, la jeune fille sembla s’apaiser légèrement et son rythme cardiaque diminua. Alors qu’elle sentait presque totalement rassurée, elle entendit au loin un pas régulier qui résonnait jusqu’à elle. Colombe s’arrêta net pour pouvoir mieux écouter. Dans un premier temps, un immense soulagement s’empara de tout son corps; quelqu’un venait pour la guider! Mais au moment où Colombe voulu faire demi-tour, ses pieds semblèrent fixés au sol et une force incontrôlable l’empêchait de tourner sa tête dans l’autre direction. C’est à ce moment précis que la jeune fille compris que ces pas ne venaient pas la sauver mais la chercher. Dans un élan de désespoir, Colombe essaya d’accrocher ses ongles aux parois du mur, mais au fur et à mesures que le bruit régulier se reprochait, ceux-ci s’écartaient, laissant la jeune fille sans bouée de sauvetage. Colombe sentit son cœur battre dans ses tempes et retint sa respiration lorsqu’elle n’entendit plus un bruit et que des mèches de ses cheveux se soulevèrent sous la respiration de la personne placée juste derrière elle. Après de longues minutes qui lui parurent des heures, des mains glacées lui enserrèrent le cou et le sol sembla se dérober sous ses pieds comme par magie. Mais pourtant la jeune fille était bien consciente, elle et son agresseur traversèrent le plancher sur plusieurs mètres avant d’arriver à destination. La première chose que sentit Colombe en arrivant fut l’odeur insoutenable qui lui prenait la gorge ; cette odeur pleine de regrets, de tristesse et de larmes. L’odeur de la mort. La pression sur son coup sembla encore s’accentuer et la jeune fille savait qu’il ne lui restait seulement quelques secondes à vivre. La dernière chose que voulait Colombe était de savoir, de savoir celui qui lui voulait du mal. Mais la pièce était plongée dans l’obscurité et la voix de la jeune fille était tétanisée par la peur. Alors que la douleur atteignait son paroxysme, son agresseur lui chuchota à l’oreille:
« Tu ne sauras jamais »
Le coeur de Colombe sursauta et elle ne s’entendit même pas crier avant de s’écrouler au sol.

Le deuxième rêve: L’odeur de ses cheveux

Colombe était heureuse, heureuse comme elle ne l’avait jamais été . Elle ne sentait même plus la chaleur lui brûler les mains et les rayons du soleil traverser ses vêtements. Elle avait envie du courir, de danser, de sourire un peu trop et de rire avec tout le monde. Il ne pourrait jamais plus rien lui arriver, elle le savait, elle était en sécurité à présent, et surtout, elle était comme les autres. Le monde était si beau à regarder si on l’observait avec des yeux d’enfant, et Colombe en restait une, surtout aujourd’hui et peut être seulement pour aujourd’hui, mais ça, elle refusait d’y penser.
La jeune fille s’assit sur le premier banc qu’elle trouva en arrivant au parc, elle savait, inconsciemment, que cet endroit était le bon. Elle entendait son coeur battre dans sa poitrine et porta sa main à sa bouche pour étouffer un sourire. Quelques secondes plus tard, la jeune fille entendit des pas se rapprocher sur le sol sablée près du banc, et elle compris qu’elle ne pourrait jamais ressentir à nouveau un tel instant de bonheur. Une brise se leva et transporta jusqu’à Colombe ce parfum si particulier qu’elle attendait depuis toujours. Son coeur rata un battement et ses doigts s’agripèrent au bois vernis du banc. Il était arrivé. Colombe n’osait pas bouger; elle avait tellement peur que ce moment ne lui échappe. C’est lui qui parla le premier; de tout, de rien, de la beauté de sa tenue, de la douceur de sa voix. La jeune fille ne parvenait toujours pas à se retourner; les yeux tournés vers le sol et comme étrangère à la scène, elle répondait à ses compliments avec une voix légère et un rire cristallin, trop clair. Colombe voulait lui dire, maintenant, tout ce qu’elle ressentait, lui parler de ce feu qui brûlait dans son coeur, la réchauffait et lui donnait envie de vivre un peu plus chaque jour. Mais elle ne pouvait pas prononcer un seul mot. Au bout de quelques minutes, alors que plus personne ne disait rien, le jeune homme pris le visage de Colombe entre ses main, la forçant à se retourner. Elle sentait sa respiration contre sa peau et ses cheveux tomber sur ses yeux. La brise arrêta sa course folle à travers les feuilles et les bruits alentours se turent comme retenant leur respiration. Tout paraissait si parfait, si réel que la jeune fille avait envie d’y croire, mais Colombe compris qu’elle rêvait au moment même où elle sentit ses lèvres abîmées par le soleil se poser sur les siennes.

Le deuxième cauchemar: L’enfance brisée d’un ange sans aile

Colombe pouvait entendre depuis le chemin qui bordait la rivière les rires des enfants s’amusant dans le parc au loin. Elle s’était fait une joie de cette après-midi dès le réveil et elle mourrait d’envie de les rejoindre. Mais Colombe ne pouvait pas courir; elle tenait bien sagement la main de sa maman et elle ne devait pas abîmer les nouvelles chaussures qu’elle avait reçu le matin même pour son anniversaire. On était le dernier vendredi du mois de novembre et Colombe venait d’avoir 6 ans. Arrivées près du petit portillon leurs doigts se délièrent et la mère de la petite fille alla s’asseoir sur un banc près de la balançoire. Avant que Colombe n’aille rejoindre les autres elle lui glissa à l’oreille:
« Fait attention à toi, et surtout aux autres… »
Mais la petite fille s’échappa jusqu’au toboggan sans prendre la peine d’écouter sa mère. Lorsqu’elle arriva, les enfants se turent d’un coup et elle sentit tous les regards se poser sur elle. Colombe entendait comme toujours les autres chuchoter entre eux:  » C’est elle, regarde là » « pourquoi est-ce qu’elle est comme ça? » « Elle est dans mon école, je n’aime pas m’approcher d’elle « , mais la petite fille c’était habituée à ne plus faire attention à leurs remarques. Au bout de quelques secondes les enfants passèrent à autre chose et tout le monde se rua sur le toboggan. Colombe faisait très attention à ne pas glisser sur chacune des barres en fer qui conduisait au sommet malgré les cris des autres qui lui demandaient d’aller plus vite. Une fois en haut, elle ressentait une sensation extraordinaire de vertige qui la comblait de bonheur, et elle s’élançait à tout vitesse dans le tube en métal. Mais au fur et à mesure de la descente, la petite fille était envahi d’une peur panique; celle de l’arrivé et de cette quasi impossibilité à éviter la chute sur le sol goudronné du parc. Alors, comme à chaque fois, Colombe freina avec les pieds et les mains, se brûlant la peau contre les parois du jeux. Juste derrière elle un petit garçon s’écria:
« Tu n’es qu’une trouillarde Colombe!!
La petite fille secoua la tête pour montrer son désaccord
-A oui? Je suis sûr que tu n’es pas capable de monter en haut de la toile d’araignée là-bas. »
Le coeur de Colombe se mis à battre plus fort; elle n’avait jamais réussi un tel exploit et surtout, elle savait qu’elle n’avait pas le droit. Mais c’était peut-être sa seule chance de montrer qu’elle était comme les autres.
Et la peur au ventre, elle parti en direction de la toile en guise de réponse. Alors que, les jambes tremblantes Colombe commençait l’ascension, elle sentit des bras la ramener brusquement en arrière et une gifle lui briser le visage. Sa mère explosa, à bout de souffle, serrant encore bien trop fort le poignet de la petite fille:
« Plus jamais tu m’entends?! Plus jamais! Aller, on rentre! »
Alors que Colombe se dirigeait vers la sortie, elle entendit un des enfants lui chuchoter à l’oreille:
« Je comprends que ta maman te fasse ça; elle à dû tellement te détester quand tu es née. »

Epilogue:La vérité

Tous les matins, Colombe se réveillait en sursaut et cherchait dans l’obscurité à éteindre son réveil. Colombe était une adolescente en déroute, comme tant d’autres, et pourtant cette similitude ne pourrait pas lui enlever sa différence. Toujours dans l’obscurité de sa chambre, la jeune fille se levait et allait ouvrir son placard dont elle savait qu’il était rouge et bleu, même si elle ne pourrait jamais en être sûr. Ce matin là, alors qu’elle avait la main sur la poignée, elle sentit un insecte qui montait le long de son bras. Alors qu’elle imaginait le poids de ses pattes remonter dans son cou, Colombe cria, d’un son presque inaudible, et se frappa dans l’espoir de chasser de son corp le petit animal. Mais dans l’obscurité de la pièce, elle ne pu voir ce qu’il en était advenu. Elle entendit sa mère accourir pour savoir ce qui c’était passé. Mais dans sa différence, Colombe ne pourrait jamais lui raconter son désespoir. Sa mère alluma la lumière, mais dans sa différence, Colombe n’en saurait jamais rien, tout comme elle ne saurait jamais qu’elle était une jeune fille magnifique.
Colombe était un être en déroute, comme tant d’autre, et pourtant cette similitude ne pourrait pas lui enlever sa différence. La jeune fille n’y pouvait rien, et pourtant, elle ne serait jamais comme les autres.
Colombe connaissait à peine monde qui l’entourait mais elle ne pourrait jamais exprimer ce terrible manque.
Colombe était née comme ça, sans avoir pu choisir son destin.
Colombe vivait dans une obscurité perpétuelle, du regard comme de la parole.
Colombe était aveugle et muette. Et Colombe était perdu dans ce monde de fou.

Publié dans : histoire longue |le 16 octobre, 2013 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 1 décembre 2013 à 12 h 54 min ClaraG écrit:

    tes textes sont magnifiques !
    j’adore continue comme ça tu as beaucoup de talent!!

    Répondre

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